édito
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Arts électroniques et écologie?
La question écologique émerge dans le contexte d’un déséquilibre dans l’interaction entre la communauté humaine et son environnement, qu’il soit naturel ou urbain.
L’installation de Djeff Regottaz nous expose ainsi, par notre seule présence, à la réaction immédiate d’un écran constitué de dizaines d’unités électroniques autonomes.
La contribution des technologies à l’environnement est ambivalente. Les outils actuels permettent une évaluation et une gestion fines de l’impact de nos activités. Miracle de (basse) technologie, les pigeons équipés de capteurs de pollution par Beatriz Da Costa pourraient nous aider à mieux analyser la qualité de l’air.
D’un autre côté, l’inflation des besoins d’information, de divertissement et la prolifération de gadgets électroniques, tels ceux accumulés par Jenny Pickett et Julien Ottavi, contribuent assurément aux dérapages écologiques : besoins en ressources énergétiques, exploitation de matières toxiques et extractions de minerai dans des zones de conflit, comme avec le «coltan» au Congo... Dans leur installation Lago Negro, Sabrina Montiel-Soto et Fabrice Croizé observent la situation du Lac de Maracaïbo, au Venezuela.
Face à de si vastes questions, quel peut être l’impact des visions artistiques ?
Les artistes nous renvoient d’abord à une question fondamentale dans notre rapport à l’environnement : où passe la frontière entre nature et culture ? Le vivant est programmé, a-t-on appris ce jour de mars 2003 où le séquençage du génome humain a été achevé. En 2009, l’humanité est sur le point de réaliser des cellules de synthèse, du vivant créé en laboratoire. Nos repères vacillent. L’artiste Richard Box pointe une telle inversion dans les certitudes : des néons poussent dans un champ, sous une ligne haute-tension, tandis que des orages électriques éclatent dans un four à micro-ondes.
Les nouveaux territoires découverts par l’humanité au tournant du XXIè siècle sont virtuels. Nicolas Montgermont et Nicolas Maigret les sondent à travers l’écho d’un son qu’ils y envoient en permanence, pour parvenir à en dessiner les reliefs. C’est une image bien sûr, une image mentale, comme celle qui peut se dessiner dans le cerveau d’une chauve-souris. On apprend à vivre dans ces nouveaux environnements en développant de nouvelles représentations.
Les artistes nous proposent de partager des aspects sensibles, c’est à dire de partager la valeur que l’on donne collectivement aux choses et ce partage du sensible représente un pas certain dans l’appropriation du problème environnemental. Œuvre spectaculaire en procès, l’installation Nuage Vert représente un fil conducteur. En soulignant le panache de vapeur d’une centrale d’incinération, l’installation reconnecte les individus avec cette réalité qui s’échappe littéralement de la cheminée, sans vouloir en changer la signification, mais d’avantage la façon dont on la regarde. Elle met aussi en scène la complexité des interactions sociales autour d’une telle question.
La transformation des représentations est-elle capable de générer de nouvelles éthiques ?
Nous espérons que ces échanges de regards sur les grandes questions écologiques contribueront à fertiliser les consciences... mais nous ne sommes pas quittes de la morale et de la peur. La «crise écologique» forge aussi les politiques du risque, de plan Orsec en cellule de crise, qui s’accomodent bien de l’angoisse et de l’urgence. Le philosophe Frédéric Neyrat (Biopolitique des catastrophes, MF éditions, 2008) nous aidera à prendre du recul sur cet état de crise permanent.
Mathieu Marguerin
Les artistes en questions
Prend-on nos responsabilités écologiques et citoyennes dans nos choix technologiques ?
Le monde des arts électroniques peut-il proposer des alternatives aux grands problèmes environnementaux qui prévalent dans tous les secteurs de la société ?
Pouvons-nous développer une technologie qui permette de transformer en énergie toutes nos actions quotidiennes?
Quel sera l’effet de la crise environnementale et de ses tropismes - durabilité, gestion des ressources, conservation - sur nos relations avec les espèces animales ?
Comment arriver à comprendre le mécanisme des changements climatiques et éviter la paranoïa ?
Pourrons-nous vivre sans la nature ?
Est-ce la nature humaine qui évoluera ou bien l’écosystème qui changera ?
Peut-on réellement mesurer les changements futurs ?