HeHe (Helen Evans et Heiko Hansen, Fr), Nuage Vert

www.nuagevert.org

Installation du 2 au 7 juin et rencontres participatives du 4 au 7 juin de 19h30 à 20h30, en partenariat avec les Amis de la Terre.

 

Le dispositif Nuage Vert consiste à magnifier le nuage de vapeur de l’usine d’incinération de St-Ouen, à l’aide d’un faisceau laser vert qui en dessine le contour en temps réel. Le ciel devient le support d’un dessin lumineux et d’une réflexion collective sur le cycle consommation-destruction et nos rapports complexes avec les déchets. Tous les jours pendant l’exposition du prototype, venez participer aux rencontres et proposer des solutions à la réduction des déchets, au tri sélectif et participer à l’aventure du Nuage Vert de Saint-Ouen.

Inaugurée par le festival Pixelache à Helsinki cette création a reçu un Golden Nica au festival Ars Electronica 2008.

HeHe, Nuage Vert, 27 mars 2009, St-Ouen.

 

Entretien avec HeHe

Vous développez Nuage Vert à Saint-Ouen, une installation interactive qui dessinera le contour du nuage de vapeur qui s’échappe d’un incinérateur. D’où vous est venue l’idée de dessiner sur un nuage ?

Avant les premières esquisses de Nuage Vert en 2003, nous avons travaillé à différentes façons de rendre la pollution visible et perceptible. Nous recherchions le lien le plus direct entre la consommation et la pollution, quand nous nous sommes installés à Saint-Ouen, près de la station Garibaldi, avec une vue imprenable sur l’incinérateur de déchets.

Nous trouvions son énorme panache très beau et terrifiant à la fois et nous nous sommes intéressés à notre propre relation à cet incinérateur. De là, nous avons aimé l’idée qu’il pourrait être illuminé, comme on le fait avec les néons dans la publicité, comme un signe appelant à la réduction de la consommation, et nous avons pensé à la technique de l’animation laser.

 

Vous désignez un site particulièrement sensible dans l’équilibre de l’environnement urbain. A quelle réalité écologique faites-vous référence ?

La signification de la fumée d’usine s’est beaucoup déplacée à travers l’histoire. Au début de la révolution industrielle, elle indiquait la prospérité et depuis les années 80, elle est devenue l’icône ultime de la pollution. L’incinérateur représente-t-il un problème écologique, celui de ses émissions ou des déchets toujours plus nombreux, ou bien une solution en générant de l’électricité et du chauffage?

En général, on n’aime pas spécialement penser à la réalité de nos déchets une fois qu’on les a jetés dans le bac vert ou jaune. On les expulse en périphérie, comme tout ce qui encombre, et on tente de cacher ces infrastructures. Les incinérateurs de dernière génération sont étudiés pour que leurs émissions ne soient pas visibles. Il semble que la culture techno-scientifique cherche à rendre les processus aussi imperceptibles que possible et voit dans la technologie la solution. Cela conduit inévitablement à une forme de déresponsabilisation.

Pourtant, la production de déchets est certainement une affaire plus culturelle. Notre projet est de rendre toute la chaîne de gestion des déchets plus visible, notamment en donnant une nouvelle signification esthétique au nuage, qui représente la dernière étape de leur élimination.

 

De par son échelle, le dispositif s’adresse véritablement à tous au sein d’un vaste tissu urbain. Qu’attendez-vous du public ?

Nuage Vert est aussi un processus social à travers lequel on explore les perceptions de ceux qui sont directement concernés. C’est un travail de dialogue avec des associations engagées dans le développement durable, des responsables politiques, des acteurs culturels et plus largement avec les citoyens qui vivent avec l’incinérateur.

L’issue n’est pas positive ou négative, pédagogique ou didactique mais on espère d’avantage qu’à travers notre travail transparaisse l’énergie de tous. L’énergie qu’on investit ou bien celle qu’on espère sauver.

 

Quelle a été jusque-là votre expérience dans l’appropriation d’une chose publique, politique et industrielle ?

Chaque situation urbaine et industrielle est particulière et le panache d’une usine ne renvoie pas aux mêmes réalités. Dans le cas de Saint-Ouen, la perception publique est actuellement problématique. Le débat public s’est réveillé justement cette année, notamment suite au projet de construire un écoquartier à proximité de l’incinérateur. De plus, les acteurs industriels sont naturellement sur la défensive.

Ce processus de dialogue est à l’image du déploiement de la projection sur le panache de vapeur. Pour le réaliser, nous devons trouver un site de base dans le paysage et les ressources techniques ou interroger les autorités locales avec des questions inédites. À qui appartient le nuage (sinon à tout le monde) ?

Notre idéal serait que Saint-Ouen, Paris et toute la communauté considère pendant un court moment les déchets comme un bien public. L’image du nuage toxique reste persistante dans l’esprit des Franciliens et les «éco-responsabilités» sont loin d’êtres établies. Ces deux réalités sont-elles interdépendantes ?

 

Quelles ont été les retombées de la première expérience que vous avez menée à Helsinki en 2008 ?

Au départ Helsinki Energy, le producteur local d’électricité, était également sceptique envers Nuage Vert lorsque nous le leur avons proposé la première fois en 2005. Après avoir obtenu leur accord, le succès de l’opération a eu de nombreuses répercussions positives. Pour l’entreprise cela a été un excellent moyen de montrer son implication et d’entretenir ses relations avec le voisinage. Pour les riverains, cette transformation esthétique valorisait leur quartier, on a pu économiser collectivement 800 KWA sur une seule action de “débranchage” et le montrer à travers le nuage. C’était la première fois qu’on pouvait mesurer et rendre disponible en temps réel  la consommation d’électricité. Helsinki Energy a décidé depuis de publier ses données sur la consommation d’énergie et de continuer à travailler avec des artistes pour inventer des façons de montrer ces informations.


Où en êtes-vous du développement?

Techniquement parlant, nous sommes prêts à illuminer le nuage ! Mais avant ça, nous invitons les habitants de Saint-Ouen et tous les acteurs concernés à venir dialoguer, récolter des avis et développer ensemble des stratégies. Pour bientôt pouvoir contempler ensemble le Nuage Vert et le faire grandir !